Histoire de corps

PAR MARIE-EVE DUSABLON

« L’impression de couler : Entre un sentiment de honte et de culpabilité.

Il y a près d’un an, je me suis retrouvée en plein cœur de l’océan dans l’incapacité d’atteindre la rive.

Un peu comme un non-nageur, tous mes mouvements aussi intenses soient-ils, avaient pour but de me donner cette petite bouffée d’air afin de respirer. À force de me débattre, je me suis épuisée et je me suis retrouvée rapidement dans la noirceur des fonds marins.

Comment me suis-je rendue là? Je savais bien nager avant. Bien en plus.

L’endurance a pourtant ses limites. Quand ça fait deux mois que tu nages à contre-courant sans suivre ton rythme, la ligne d’arrivée devient inaccessible. Tu coules.

Cette longue métaphore d’une ancienne nageuse pour parler du plus grand bleu de ma vie.

Ce bleu, je l’ai eu à 28 ans, sur mon cerveau et je n’étais aucunement préparé.

Mes lumières se sont éteintes pour laisser place à la noirceur complète : insomnie, maux de tête, douleur à la poitrine, ennui, nausée, émotions vives, perte de confiance.

Ma tête roulait à 200 km/h. Incapable de l’arrêter. Ce n’était plus ce fameux hamster, mais une Ferrari…LA MEILLEURE! Perte de contrôle assurée, je me suis accidentée et rendue à l’urgence. Diagnostic: dépression majeure.

Au point où j’en étais rendue, il ne me restait plus beaucoup d’options: psy, antidépresseur, arrêt complet.

Wow. C’est déjà beaucoup, vous allez en convenir. Eh bien, je n’étais pas au bout de mes peines. Se sortir la tête de l’eau, ça prend du temps. Beaucoup de temps.

On apprend tranquillement à flotter sur le dos. Puis, on coule à nouveau, avant de réapprendre à nager, et cette fois-ci, de la bonne façon.

La santé mentale est aussi importante que notre santé physique. Il faut en prendre soin. Oui, la dépression est une réelle maladie. Et vous n’avez pas idée, à quel point ça fait mal. Mais, elle se soigne et ça va passer…

Les vagues vont devenir moins fortes, plus douces, et tu vas redevenir la nageuse d’autrefois. La lumière, tu la reverras. Je te promets. »

Marie-Eve Dusablon
Journaliste au Devoir
@m.eved

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