Histoire de corps

PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE-ÈVE DUSABLON

«Je me nomme Alexandrine Hébert, je suis infirmière clinicienne au bloc opératoire et je suis une grande femme. Je mesure 6 pieds!

Vous vous souvenez des photos de classe? Eh bien, j’étais toujours placée à l’arrière ou même à côté du professeur, parce que je faisais la même taille que ce dernier. Pratiquement toute ma vie, j’ai trouvé cet aspect de mon physique déstabilisant. Au primaire, j’étais de la même grandeur que les plus vieux. Au secondaire, quoique je m’affirmais déjà un peu plus, je trouvais ça gênant. J’avais l’impression qu’en raison de ma grandeur, tous les regards étaient portés vers moi. Je me démarquais du lot sans le désirer. Il n’y avait pas une journée, où on ne me faisait pas remarquer que j’étais différente. À quel point j’étais grande! Tous les stéréotypes, je les avais en pleine figure : On me demandait si je jouais au basket-ball, si j’étais mannequin, etc.

C’est vrai que le sport comme le volley-ball m’a permis de mettre à profit ma grandeur et de m’en servir comme une force. Par contre, le travail sur mon estime personnel est venu plus tard dans ma vie. D’accepter et d’être à l’aise que je sois plus grande que la moyenne est survenue à l’âge adulte. Même au CÉGEP, j’avais un certain blocage face à l’idée de me retrouver dans une foule, le fait de me démarquer, ça provoquait chez moi, encore une fois, une forme d’anxiété. J’évitais tout simplement de me lever.

Puis, à force de me faire dire constamment que j’avais tous les atouts pour être mannequin, je me suis dit, pourquoi pas, je vais l’essayer. Je me suis alors retrouvée dans un milieu qui ne correspondait pas du tout à ma personnalité et qui m’a tout simplement créé d’autres problèmes par rapport à mon physique, comme des troubles alimentaires.

Aujourd’hui, je suis plus assumée que jamais. Je porte des talons hauts. La taille de mon partenaire, ça m’importe plus. Tout passe par la confiance et ce que la personne dégage. Je me rends compte en vieillissant qu’il y a vraiment plus que le physique et la grandeur qui définissent une personne. Les gens me regardent et ne voient plus seulement ma grandeur, ils me voient et se disent: wow cette fille semble tellement bien!

Il faut arrêter de se fier à ce que l’on voit sur les réseaux sociaux et suivre les standards de beauté. Ta grandeur, tu ne peux pas la changer, même si tu baisses tes épaules, ça ne changera jamais. Mais, comment tu te sens, c’est ça qui va changer la perception que tu as de toi et aussi celles des autres.»

Alexandrine Hébert, 28 ans

Infirmière clinicienne au bloc opératoire

Instagram : @heblamom

 

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