Histoire de corps

PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE-EVE DUSABLON

«Je me nomme Camille Chai, j’ai 32 ans, j’habite actuellement sur la Rive-Sud de Montréal. Je suis animatrice, conférencière, j’ai aussi été athlète paralympique en escrime en fauteuil roulant…Et surtout, je suis née sans bras ni jambe gauche, et tu sais, c’est une fierté pour moi de l’être et de le mentionner aussi rapidement.

Je suis l’aînée de trois enfants. Ma malformation a été une véritable surprise pour ma famille, mes parents en premier. Quand ma mère était enceinte, elle a fait une seule échographie, et celle-ci a révélé seulement mon côté droit en raison de ma position. La vie a donc décidé que ce moment révélateur de bonnes ou de mauvaises nouvelles allaient se dérouler autrement. Pour moi, cet instant a rendu mon histoire d’autant plus intéressante.

Je suis cette personne, qui est née sans bras ni jambe gauche. Pour vous donner une idée, la partie que l’on retrouve habituellement du genou au pied arrive, dans mon cas, à ma hanche. Je n’ai donc pas de fémur, et au bout de cette jambe se trouve un petit pied avec quatre orteils. C’est une drôle de bestiole avec une drôle de forme, mais celle-ci m’est extrêmement utile. Je l’utilise comme ma main gauche. Je fais du tricot, je joue aux cartes, etc.

C’est quelque part dans mon enfance que cette histoire est devenue mienne. Je dirais au moment où j’ai réalisé que j’étais différente dans le regard des autres, ce que je ne savais pas avant. J’étais Camille sans bras ni jambe gauche. Dès l’école primaire, j’ai commencé à faire face à de nombreux questionnements, mais sans jamais tomber dans l’intimidation. Je passais des récréations à répondre à des questions. Les jeunes faisaient sans exagérer la file devant moi. Avec du recul, je crois que c’est grâce à cette ouverture et cette curiosité à capter ces malaises, qui m’a permis d’établir un contact avec les élèves rapidement et de briser la glace tout en faisant comprendre ma différence. Au lieu d’être la fille avec un handicap, j’étais Camille.

Avec les adultes, c’était autre chose. Quand je faisais un tour avec mes parents, je remarquais que certaines personnes n’osaient pas du tout me regarder ou même me saluer. Je me demandais souvent, pourquoi? Je sentais un malaise, de la pitié ou de la compassion. J’ai su que j’étais un élément déclencheur. Mon handicap suscite des émotions ou des discussions avec des inconnus. Dans les transports en commun, parfois des gens viennent même vers moi pour se confier sur leurs problèmes. Ce n’est pas tout le monde qui a cette chance, moi, je l’ai.

Aujourd’hui, c’est sensiblement la même chose. Les discussions sont les mêmes, mais je dois avouer que ça me fait très mal de voir autant de personnes mal dans leur peau. Il y a en quelque sorte une vérité qui s’installe avec le temps. La fille battante, qui aime aider est toujours là, mais des fois je suis fatiguée, j’ai mal, je traverse aussi des moments plus difficiles et maintenant, je me laisse plus le temps de vivre ces choses-là et d’en parler aux autres. Finalement, la solution, c’est d’apprendre à s’aimer. On donne énormément d’importance au regard des autres et ça me donne mal au cœur. Concentrez-vous sur ce que vous avez envie de dégager. Soyez fiers, marchez avec la tête haute, ne restez pas isolé avec vos complexes et questionnements. Je terminerais avec ma phrase préférée : faites briller votre différence, car c’est elle qui vous rend unique»

Camille Chai, 32 ans

 

 

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